Introduction /
Information sur les principes de communication

 

Nous venons de voir dans le chapitre précédent comment les causes du stress, ainsi que les problèmes relationnels, permettent de pointer un manque de considération et de reconnaissance. Ce principe est intimement lié à la qualité de la communication interpersonnelle. En voici quelques fondements :


Distinguer la communication de la relation

On parle de relation quand il y a des intérêts ou du mépris en parlant à l’autre. C'est quand l'information compte plus que l'individu car l’information est imposée par l’émetteur et subie par le récepteur. C’est quand on tente par exemple de convaincre l’autre (même pour son bien), ou quand on parle sans considérer l’impact blessant de ce qui est dit. Ce sont aussi les réunions où personne n'est vraiment pris en considération de ce qu’il exprime.
Être communicant c’est être ouvert, disponible et pleinement à l’écoute de l’autre. La communication c’est quand l’individu, compte plus à nos yeux que l’information échangée. L'information est proposée par l'émetteur et accueillie par le récepteur. Cela suppose une conscience, une humanisation des échanges. Elle génère de la chaleur humaine, du respect, de la liberté.


Distinguer quelqu’un du quelque chose

Les bases d'une bonne communication dépendent de notre positionnement dans l’attention accordée : Plus ce qui est rapporté est important (le propos, les faits, le contexte ou l’information), moins l’individu, c’est à dire l’autre et soi-même, est considéré. Notre culture nous fait porter notre attention sur le statut, la position sociale ou l’expérience de l’individu. Ainsi notre considération, ou à l’inverse le mépris pour les individus dépend de quelque chose et trop rarement nous portons notre attention sur l’humain qui existe derrière son statut ou son histoire.
Dans l’état communicant nous donnons et recevons de l'attention (réservé aux individus) plutôt que de l'intérêt (réservé aux choses).

Le non savoir source du savoir

Lorsque nous avons des préjugés sur l’interlocuteur (sur son physique, sa position sociale ou ses propos) ou des attentes sur ce qu’exprime son interlocuteur, nous ne sommes pas à l’écoute de l’autre mais de soi-même.

Penser par exemple que l’interlocuteur a tord, ou qu’il est stupide, va pousser à confirmer la conviction que nous avons plutôt que de s’ouvrir à ce que l’autre cherche vraiment à exprimer. Chacune des ses paroles et gestes seront alors interprétés de façon à confirmer la pensée de celui qui l’écoute.

Lorsqu’une réponse particulière de la part de son interlocuteur est attendue, lorsque celui qui écoute compare ce que dit son interlocuteur avec ce qu’il sait, nous ne sommes pas à l’écoute de l’autre mais de soi-même. Écouter en demeurant dans ses pensées perturbe la qualité de la communication.
Lacan explique que le non savoir est la forme la plus élaborée du savoir. En effet, poser une question exige de l’humilité, car pour s’ouvrir à ce que dit l’autre, il faut reconnaître ne pas savoir ce que l’autre veut exprimer. Ecouter en demeurant dans le non savoir c’est pouvoir accueillir sans jugement ce qui émane de l’autre. Communiquer dans le non savoir devient alors la forme la plus absolue du respect d’autrui.


Avoir confiance

Pour mieux communiquer il faut avoir confiance en l’autre, ce qui implique d’avoir d’abord confiance en soi. Cette confiance vient du principe que quoi que l’autre dise ou fasse, il a une raison fondamentale (consciente ou non) pour l’exprimer ainsi car il traduit ce qu’il ressent.
Pour placer sa confiance en l’autre, il faut le voir dans toute sa dimension, c’est à dire ce qu’il est dans le présent, mais aussi l’ensemble de tous les êtres qu’il a été depuis sa naissance. Cette confiance permet de s’ouvrir au monde de l’autre et de le comprendre sans se sentir vulnérable. On avance en s’appuyant sur l’intelligence de l’autre, pas en le méprisant, en se sentant supérieur, ni en lui démontrant son incapacité.
Accorder à l’autre inconditionnellement qu’il a une raison de réagir ou de verbaliser comme il le fait (avoir confiance en la raison) est fondamental pour valider cette raison. Valider une raison ne veut pas dire accepter le comportement d’autrui, surtout s’il s’agit d’un acte qui a porté préjudice, mais il s’agit de comprendre ce qui a motivé la réaction.


Écouter sans juger son interlocuteur

Pour qu’un individu se sente écouté, il faut d’abord qu’il ait le sentiment qu’il existe et qu’il se sente reconnu par celui qui l’écoute. L’écoute c’est être présent en prêtant pleinement son attention à celui qui s’exprime. Le simple fait de penser à autre chose nous coupe du contact avec l’autre. Être attentif à son non verbal autant qu’aux mots qu’il prononce sans porter de jugement, d’interprétation de suggestion ou de solution. La personne qui écoute accueille simplement  ce qui est dit sans forcer et sans interférer avec ses propres idées. Les questions qui sont posées utilisent des mots qui ont été exprimés pour ne pas en changer le sens.
Aussi, ce n’est pas l’importance des circonstances qui doit provoquer l’intérêt de l’écoute. Si un fait n’a pas d’importance selon son propre jugement, il peut en avoir pour l’interlocuteur. Il s'agit de respecter les émotions personnelles de chacun, sans a priori sur leur valeur. 


Être chaleureux sans être dans l’affectivité

L’affectivité c’est quand nous agissons apparemment pour l’autre, mais en réalité pour soi. Cela sert à compenser une fragilité ou un inconfort personnel. Dans ce cas, il devient difficile d’accepter un refus de la personne sans se sentir affecté et se sentir dévalorisé. Cela nous rend vulnérable et incommode l’autre.
La chaleur humaine, c’est quand nous agissons pour l’autre exclusivement. Cela permet à l’autre de se sentir libre dans ses choix car il ne se sent pas redevable, ni envahi ou étouffé. La chaleur humaine permet à l’autre d’exprimer un refus à une proposition, cette décision sera reconnue et validée avec respect du choix sans reproche en retour ou toute réflexion qui dénoterait une contrariété due à de l’affectivité. La chaleur humaine procure beaucoup de sécurité et de confort dans la relation, tant pour celui qui est écouté que pour celui qui écoute.


Être distinct sans être distant

Il est fondamental d'être distinct. Il est néfaste d'être distant. 
La personne qui écoute peut se sentir touchée par ce qui est exprimé, mais il ne s’agit pas de se mettre à la place d’une autre personne (même si nous avons vécu la même expérience) car nous ne sommes pas l’autre. C'est avoir de la considération pour autrui que d'admettre que nous ne pouvons pas prétendre connaître les émotions qui sont les siennes (elles sont intimement liées à son passé, et l’ampleur de ce que cela signifie ne nous est pas accessible). Cela n’empêche aucunement de comprendre et entendre l’autre exprimer ce qu’il ressent, pense, ou vit dans son expérience depuis la place où nous sommes : Il s'agit de rester distinct de l’autre mais non distant.
Être distinct sans être distant permet de donner de la chaleur humaine sans tomber dans l’affectivité. Mais si une personne n’en perçoit pas les limites, elle oscillera alors entre la froideur, le copinage ou le paternalisme. Être distinct c’est l’art d’être strict, avoir de la rigueur dans les objectifs, dans la qualité à atteindre, et l’organisation du groupe, tout en restant chaleureux et partenaire avec eux.
Rester distant pour pouvoir faire des remontrances plus facilement cela permet de ne pas percevoir l’inconfort que provoque notre critique. Hors nous avons la responsabilité de rester proche même si le propos est douloureux.
Tous les problèmes de vulnérabilité dans l'écoute viennent du fait que nous avons quelques difficultés à être distincts.

Oser entendre sans être vulnérable

D'habitude, la tendance est de forcer l’autre à s’ouvrir à nous sans nous être ouvert à lui. Nous n’écoutons que ce que l’on désire faire entendre à l’autre. Préoccupés par nos jugements et surtout de s’assurer que nos idées seront écoutées. Cela empêche d’entendre ce que l’autre veut exprimer.

Hors, pour entendre il faut s'ouvrir pour se connecter à l’autre. Ensuite seulement nous pouvons faire passer des informations.

C’est le manque de confiance en soi et l’appréhension qui empêchent de s’ouvrir à ce que l’autre a à dire. Mais si nous savons que quoi que l’autre dise, sa raison est fondée sur sa propre expérience, alors nous n’avons pas peur de l’entendre.

Nous cessons alors de nous comporter comme un animal menacé par un prédateur, prêt à réagir au moindre signe, à la moindre parole prononcée qui offre une occasion de répondre en attaquant l’autre ou en se mettant en position de défense. En adoptant un comportement plus performant cela apaiserait beaucoup les conversations.

Mais cela ne doit jamais nous empêcher d’exprimer ce que nous avons à dire. Il ne s'agit pas d’écouter sans s’exprimer. Celui qui fait tout pour les autres et ne veut rien pour lui, celui qui accepte tout sans jamais oser dire ce qu’il ressent, nie sa propre personne.

Oser dire

Oser dire est aussi important que de savoir entendre. Mais entendre doit toujours précéder ce que l’on a à dire. Il s'agit d’entendre la raison de l'autre, avant d’oser dire la sienne.

Oser dire est trop rare. Sous prétexte de vouloir ménager l’autre en ne lui disant pas ce que l’on pense, nous dissimulons en fait la peur de la réaction de l’autre, surtout quand il s’agit de refuser une requête ou de dire quelque chose de désagréable. C’est aussi la honte de soi qui peut empêcher de s’affirmer en osant dire.

Mais ne pas oser dire provoque une frustration qui sera exprimée avec rancoeur à d’autres, ceux qui ne sont pas directement concernés. Cela risque d’alimenter des rumeurs qui vont provoquer des clivages dans un groupe.

Oser dire c'est être responsable de ce que l’on dit sans craindre la réaction de l'autre, car il s’agit de gérer les conséquences de ce qui vient d’être dit. Nous pouvons gérer la réaction en retour si l’on ne perd pas l’idée que l’autre a sa raison fondée d’exprimer ce qu’il vit, pense ou ressent à la place où il se trouve. Ne pas craindre la réaction de l’autre, c’est lui donner l’opportunité de mettre à plat une situation tendue et refoulée. Ce n’est que lorsque chacun va oser parler ouvertement que la situation va se dénouer, et que la communication sera à nouveau possible.

Le non verbal

L’échange d’information se fait de deux façons : le verbal et le non verbal. Le verbal c'est quand on s’exprime avec des mots. Cependant l'intonation de la voix, les gestes, ou autres signes comme le regard, la sueur, la chair de poule, etc., constituent des informations non verbales qui représentent 90 % de l’information.

Le corps exprime son état par tant de moyens, qu’il est impossible de maîtriser toutes ses expressions non verbales. C’est ce qui garantit l’expression authentique de notre être, au-delà de nos efforts pour paraître.

Quand les l’expression verbale et non verbale sont en harmonie, on dit que la personne est congruente. Dans le cas contraire, cela est perçu assez rapidement et crée alors des problèmes de communication.

Le manque d’attention fait trop souvent ignorer le non verbal.

Distinguer le message apparent du message réel

Le message apparent correspond aux informations qui sont transmises de manière verbale et non verbale par les individus. Nous pouvons par exemple dire « OK, c’est bon ! » mais l'intonation de la voix va montrer une agressivité qui transmettra la pensée de la personne. Cependant ces deux expressions, même si elles semblent contradictoires, font partie d'un message apparent.

Le message réel lui, est ce qui cherche à se manifester pour attirer l'attention sur une douleur. C'est souvent quelque chose dont on n’est même pas conscient. Il faut cependant entendre le message apparent pour être en mesure de capter le message réel. Le message réel c'est le non dit, à ne pas confondre avec le non verbal.

Savoir interpréter un message réel non dit

En donnant l’opportunité à soi-même ou à notre interlocuteur d'exprimer un non dit, on peut désamorcer une communication conflictuelle. Lorsque qu’une personne agressive nous dit quelque chose de blessant, nous pensons aussitôt que la personne est méchante et cherche à nous faire du mal (message apparent). Alors qu'en fait le message réel (conscient ou inconscient) de l’agresseur est l’expression de sa souffrance personnelle. La personne peut n’avoir sincèrement aucune intention de blesser son interlocuteur, mais c’est sa douleur qui la pousse à s’exprimer ainsi.

Différencier le message apparent du message réel permet au moins de ne pas prendre pour soi ce qui n’est que l’expression de la souffrance de l’autre. Cela peut nous rendre aussi plus tolérant pour gérer correctement la situation, en aidant l’autre à exprimer la raison ou l’émotion qui l'anime.

Ramener quelqu’un à la raison

Au cours d'une conversation

Les réunions avec des points de vue contradictoires sont nombreuses, et cela n’est pas toujours saisi comme étant une opportunité ou une richesse car souvent, chacun cherche à convaincre l’autre. Mais considérer que l’autre doit adhérer à notre point de vue est une tentative d’imposer ses idées. Ramener l’autre à la raison ne consiste pas à le faire adhérer à notre idée, mais à lui faire dire ce qui justifie la sienne. C’est seulement après avoir entendu et validé le point de vue de l’autre que l’on peut exprimer le sien sans chercher à l’imposer.

En cas d'agressivité

L’agressivité est l'expression des douleurs qui n'ont jamais été entendues pour avoir été trop longtemps refoulées, niées ou ignorées. Ce qui convient ce n’est pas de chercher à calmer une violence, mais d’en valider la raison. Ramener quelqu'un à la raison, c'est le ramener à la raison de ce qui le fait souffrir car il n’est souvent même pas conscient de la signification de son comportement. Il s’agit de l’aider à exprimer son non dit.

A l'inverse, chercher à convaincre l’autre de se calmer revient à nier ou juger l’inutilité de ce qu'il est en train de ressentir, et ce manque de considération envers l'expression de sa douleur ne peut qu'aggraver sa souffrance, qui fera augmenter sa colère ou sa violence car elle demeure incomprise ou méprisée alors qu’elle réclame de l’attention. Il s’agit de lui donner le sentiment sincère qu'il existe à nos yeux car il a besoin de se sentir exister.

Dans le cas où nous ne sommes pas en mesure d'être à l'écoute d'une personne agressive, c'est parce que nous avons porté notre attention sur les propos émis (quelque chose) au lieu de la porter sur l'individu qui exprime sa douleur (quelqu’un). Aussi, lorsque nous répliquons de manière agressive aux propos désobligeants, c'est que l'attention a été portée à soi au lieu de la porter sur l'autre. Cela montre qu'une souffrance est restée en instance de reconnaissance en soi et qui réclame sa priorité d’attention avant d'être en mesure d'écouter l'autre. 

Savoir respecter les seuils d’indiscrétion

Chaque personne à un seuil à ne pas dépasser au-delà duquel nous devenons indiscret. Il ne peut être connu à l’avance, c’est la raison pour laquelle il faut être attentif et en cas de doute demander à la personne si elle préfère ne pas en parler.


L’embarras face à une personne qui s’exprime

Si vous ne savez pas quoi répondre ou comment faire face à une situation embarrassante, il suffit simplement de l’admettre en l’exprimant doucement, avec sensibilité « je ne sais pas quoi te dire ». Cette manifestation sincère permet tout au moins à l’interlocuteur de se sentir entendu. L’impuissance ne peut pas faire de mal. Le fait de comprendre l’importance du ressenti de l’autre est déjà une grande qualité d’écoute.



Communiquer avec considération

Il vaut mieux repérer les situations où nous manquons de considération envers les autres pour limiter l’impact du stress que cela provoque. En voici des exemples :

Convaincre est un manque de considération envers l’autre.
Chercher à convaincre est toujours une attitude de pouvoir sur l'autre. Même quand on est persuadé que c’est pour le bien de l’autre, cela revient à ne pas considérer ce qu’il pense et n’être préoccupé que par le fait qu'il adhère à notre conviction. 

Par exemple, une personne refuse de faire ce que l'on estime qui serait pour son bien, (elle refuse de se soigner par exemple) chercher à la convaincre montre que l’on n’est pas disposé à l’écouter.

Pour lui montrer de la considération, il faut s'ouvrir à sa raison d’agir ainsi. Valider la raison qui l’anime peut permettre un changement radical dans son comportement.

Rassurer est un manque de considération envers l’autre.
Le fait de rassurer nous fait prendre une position de pouvoir sur l’autre que l’on rabaisse par conséquent dans une position de vulnérabilité. C'est une situation facile à instaurer et trop souvent utilisée entre individus. Il n'est pas rare que certains rassurent systématiquement, même si l'interlocuteur ne montre aucun signe d'inquiétude, uniquement pour se mettre en position de supériorité face à l'autre.

Voici comment on peut générer le mal-être en se voulant simplement rassurant dans le cas ou la personne exprime réellement une crainte, la rassurer équivaut à nier le sentiment qu'elle est en train d'exprimer. Par exemple :

-  J’ai peur qu’il lui arrive quelque chose…  
- Mais ne t’inquiète pas…!  

Cette réponse, même si elle se veut bienveillante et rassurante, dénie et dévalorise la valeur même du sentiment qui est exprimé. Cela reviendrait à répondre : « cesse d’écouter ce que tu ressens et fais ce que je te dicte : fais cesser immédiatement ces émotions en toi qui sont inutiles et stupides! »

Rassurer c’est donner l'ordre d'éprouver des sentiments différents de ceux qui sont en train d’être exprimés en niant ou négligeant leur valeur. Cela montre aucune reconnaissance, aucune considération, aucune écoute à ce qui est exprimé par l’individu.

La personne qui se sentira niée pourra même se culpabiliser et/ou s’auto dévaloriser d’éprouver ce qu’elle ressent. Ainsi elle pensera: « Je m’en veux de ressentir de la peur, j’ai l’air stupide pour être incapable de maîtriser mes émotions !» ou bien la personne pourra se sentir frustrée de ne pas être comprise pour ce que qu’elle ressent. Souvent tout cela reste inconscient, mais la rancœur va s’installer envers les autres car ses émotions n’auront pas été entendues car chercher à convaincre ou à rassurer empêche toute disposition à se mettre à l'écoute de l’autre.

Hors on peut faire taire des mots mais pas des sentiments. Mieux vaut entendre et savoir valider la raison qui l’anime. Si au lieu de rassurer la réponse était axée sur la reconnaissance du sentiment exprimé : « Tu as peur ?» avec respect et attention, qui veut dire : « j’entends ce que tu es en train d’exprimer, et je montre de la considération sans juger l’expression de ton sentiment ». Le simple fait d’y accorder de l’attention permet un relâchement. 

Solutionner est un manque de considération envers l’autre.
La tendance est trop souvent de vouloir dire comment l’autre devrait faire dès qu’il nous soumet son problème. Mais une personne qui exprime son problème cherche souvent juste à être entendue pour ce qu’elle ressent. Elle ne se sentira pas comprise si l’interlocuteur lui dit ce qu’elle devrait faire au lieu de lui exprimer qu’il a entendu son désarroi. Nous avons plus besoin de reconnaissance et de médiations que de solutions.

Tolérer est un manque de considération envers l’autre 

Tolérer une personne ce n’est pas l’accepter comme elle est avec ses différences. La tolérance de l’autre c’est se forcer à rester poli en sa présence, alors que l’on aimerait ne pas la voir. Vivre la différence de l’autre comme une richesse et non comme une erreur supportable, cela fait toute la différence. Il s’agit d’intégrer, d’accepter l’autre pour qu’il commence à y avoir humanisation.

Au-delà du fait que la tolérance est mieux qu’un rejet, être toléré par un groupe est insupportable à vivre. 

 

Reprocher est un manque de considération des raisons de l’autre.
Nous avons tous une raison fondamentale qui nous pousse à agir, qu’elle soit jugée bonne ou mauvaise par les autres.

Reprocher à une personne (directement ou dans son dos) d'avoir commis des bêtises ou des préjudices, c'est nier les raisons qui ont justifié son comportement. Il ne s'agit pas d'éprouver de la rancoeur envers l'autre, mais d'aider cet autre à trouver la raison qui l’a poussé à agir ainsi, de la valider et l'aider lui-même à la valider. Il ne s’agit pas de trouver une excuse, mais de lui permettre de se reprendre en main, afin de se remettre en cause, et de pouvoir réparer ce qu’il y a à réparer, sans qu’il y ait un sentiment de culpabilité qui vienne renforcer la douleur.

Mépriser est un manque de considération envers l’autre.
On rejette l’autre lorsqu’on le méprise ou porte un jugement négatif. Cela n'accorde pas de valeur à l’être humain, et c'est valable aussi pour soi-même. 

Dévaloriser l'autre donne l'impression, pour celui qui le fait, d'avoir du pouvoir, d'être supérieur au point de réduire l’autre au non respect de son existence. Nous sommes loin du respect des individus, ayant le droit d’être différent de soi. 

 

Avoir des attentes est un manque de considération envers l’autre.
Projeter en l’autre ce que l’on veut qu’il dise ou qu’il fasse selon notre attente, revient à exiger que l’autre soit une marionnette qui se comporte selon notre vision personnelle des choses. C’est un désir de manipulation et de pouvoir sur son environnement, source de bien des déceptions et de conflits. 

L’autre peut se culpabiliser de ne pas être « parfait », ou tout au moins ressentir du mal-être en décevant systématiquement. Il se sent alors dénigré d’exister tel qu’il est.

Avoir des attentes et se sentir indigné ou déçu par l’autre est un problème à régler avec soi-même et non pas sur l’autre. Accorder aux autres le droit d’être différent, c’est agir dans le respect et la considération de la valeur de l’autre.

Faire l’effort d’écouter l’autre permet de réduire le stress et d’augmenter la qualité de vie de manière considérable.


Communiquer avec assertivité

 

L’affirmation de soi n’a rien à voir avec la maîtrise de soi, puisque l’affirmation de soi c’est être dans une présence authentique. La qualité de l’affirmation de soi dépend du respect que l’on accorde à soi-même et qu’on accorde à autrui (L’assertivité signifie l’affirmation de soi dans le respect d’autrui) alors que la maîtrise de soi exige le refoulement de ses sentiments. 

Une personne ayant l’assurance d’elle-même n’aura pas le sentiment de devoir prouver quoi que ce soit aux autres, car elle a confiance en ses capacités tout en acceptant dans l’humilité ses défauts.

Une personne qui communique avec assertivité est sincère et cela permet la confiance dans les relations. Elle s’exprime sans détour mais avec respect, et se contente d’être simplement, ce qui aura une influence positive dans le groupe qui aura tendance à se mettre au diapason.

La sensibilité pour nous rendre moins vulnérables

Il est fondamental d’être sensible à soi, à ce qui nous dérange. En considérant la responsabilité de ce qui nous affecte, nous pouvons écouter ce à quoi cela renvoi en nous. Porter notre attention sur ce qui nous perturbe permet de dissoudre des douleurs liées à notre passé. Ainsi nous serons plus à même de faire face au présent sans réagir à cause de ces douleurs réclamant notre attention. En agissant ainsi, nous sommes portés à écouter de la même façon les autres en étant plus compréhensifs envers ce qu’ils expriment. La sensibilité nous porte naturellement à devenir plus lucide.

A l’inverse, la sensiblerie, causée par l’emphase du ressenti des émotions, nous éloigne de la perception de la réalité. Il est certain que l’émotivité nous brouille en nous enfermant dans un imaginaire qui nous coupe de la perception de la réalité, alors que la sensibilité nous ouvre à la réalité du monde.

L’intérêt est de nous rendre moins vulnérables en cherchant à affiner notre sensibilité. 

La chaleur humaine

La chaleur humaine exprime de la présence, de la considération, de la liberté, du respect et elle sécurise. C’est l’expression d’une affirmation de soi et l’assurance que nous agissons réellement pour l’autre et non pour nous-même.

Quand nous apportons notre aide à quelqu’un, c’est pour lui, et non pour en retirer un quelconque avantage existentiel. Nous ne nous servons pas de l’autre pour se sentir efficace ou important. Il n’y a aucune manipulation, mais une authentique bonté, avec considération de l’autre.

Il s’agit de s’ouvrir, de se mettre en contact avec les autres (regard dans les yeux, un sourire, montrer à l’autre qu’il existe à nos yeux). C’est ainsi qu’ils sentiront de la chaleur humaine.

Le respect d’autrui

Le respect d’autrui ne peut être que naturel. Ce n’est pas du respect si le sentiment n’est pas sincère, quand un contrôle de soi s’effectue pour paraître aimable quand en fait la pensée est méprisante. 

Le secret pour un authentique respect de l’autre est de comprendre que l’autre a toujours une bonne raison d’agir comme il le fait. C’est en comprenant le fondement de ce qui pousse l’autre à agir, que nous sommes alors naturellement portés à le respecter. Mais cela ne se fait pas en niant le respect pour soi-même. Dans l’affirmation de soi il est tout aussi important de respecter l’autre que soi-même.

Aussi reconnaître certains aspects non désirables en soi permet d’avoir plus de tolérance et de compréhension envers les autres.

S’individualiser

Ce qui caractérise l’individualité, c’est l'ouverture qui permet de vraiment voir l’autre et d’exister soi-même. Il n’y a plus d’idéalisation, ni de fascination, ni d’attentes face au comportement de l’autre. Cela permet un échange dans la neutralité et la sensibilité.

La personne qui s’est individualisée devient mature, dont la conscience des autres lui permet de les respecter naturellement. C’est un désir de bien-être qui motive à apprendre à être distinct sans être distant ou à être proche sans être fusionnel et à apprécier sans admirer.

La personne qui s’individualise peut s’affirmer car elle ne se sent plus en danger avec les autres. Elle ne connaît plus la peur d’entendre ni de dire. Elle agit et s’exprime dans l’humilité du non savoir sans se sentir vulnérable. La relation avec les autres inspire le respect naturel par ceux qui se sentent reconnus d’exister.

La flexibilité

La flexibilité c’est savoir s’adapter à toutes des circonstances présentes pour faire avancer le projet. Mais c’est aussi avoir la capacité de suivre le flux de pensée de l’autre. Dans le cas d’une personne agressive, il s’agit de savoir réagir en suivant son flux, en se mettant à l’écoute du message réel afin d’aider l’autre à exprimer le non dit.

La pensée positive

La tendance est de chercher avant tout à comprendre ce qui a pu mener l’autre à avoir un comportement différent de celui que l’on aurait envisagé plutôt que de le critiquer. Chercher à cerner les qualités de l’autre plutôt que ses défauts. 


Les points clés de la communication


1/ Etre attentif à l’écouté, à son non verbal autant qu’aux mots qu’il prononce (la reformulation met aussi des mots sur le non verbal)
2/ Etre communiquant, c'est-à-dire avoir une attitude dans laquelle l’individu compte plus que l’information (alors que dans la relation l’information compte plus que l’individu).
3/ Avoir pour projet initial de comprendre et de considérer l’écouté.
4/ Lui accorder inconditionnellement qu’il a une raison à ses réactions ou à sa verbalisation (confiance).
5/ Etre prêt à valider cette raison
6/ L’aider, si besoin, à l’exprimer plus précisément par le questionnement (ou même à y accéder car elle n’est pas toujours directement présente à la conscience)
7/ Apporter les informations nécessaires s’il y a lieu.
La reformulation est importante pour marquer la compréhension du message. Elle se prépare avec les points 1, 2, 3 et 4, puis elle s’exprime au point 5. Les points 6 et 7 la prolongent si nécessaire.
Le questionnement permet à l’autre d’approfondir ce qu’il pense. Il se fait sous forme de question fermée (qui permet de répondre oui, non ou je ne sais pas), ouverte (qui permet de décrire sa réponse) ou à choix multiple (l’interlocuteur suggère des réponses).

Les cinq points de validation dans la communication :

Toutes les questions, ouvertes ou fermées et toutes les reformulations appellent donc des réponses (qui ne sont pas dues à l’écoutant) et qui doivent être suivies des 4 premiers points de validation que sont :

1/ l’accusé de réception, qui valide la réception.  
2/ le message de compréhension, qui valide la compréhension. 
3/ le message d’accueil, qui valide l'accueil (c'est à dire l'acceptation qu'il y a une raison).
4/ le message de gratitude, qui valide le fait que la réponse est un privilège qui ne nous était pas dû
Le tout est éventuellement suivi du 5e point de validation qui est le message de cohérence venant confirmer la validation de la raison de l’interlocuteur.
Ces validations et l'art de poser les bonnes questions constituent la base du guidage non-directif qui est la base de la communication.

Conclusion

Il ne s’agit pas d’être parfaits, (et personne ne risque de le devenir !). Il s’agit d’avoir l’intention au quotidien de faire un effort pour mieux communiquer. En effet, il y a une réelle urgence pour améliorer la communication interpersonnelle, car on est forcé de constater à quel point les personnes sont démunies dans une société qui néglige les valeurs humaines pour l’intérêt des valeurs commerciales. 

C’est l’intention individuelle qui, en devenant collective, permettra de rétablir le sentiment d’humanité dans notre société. C’est un enjeu majeur dont il faut se donner les moyens nécessaires pour apprendre à rencontrer l’autre et soi-même. Mais cela ne pourra se réaliser qu’avec la prise de conscience des efforts individuels quotidien (et parfois pénibles) que cela nécessite.