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Communication interpersonnelle

La douleur d'un deuil

L’origine du mot « deuil » vient de dolus, qui signifie « douleur ». Aussi, l’interprétation de l'expression « Faire le deuil de quelqu'un» ne signifie pas cesser de souffrir suite à la perte d'un être cher, mais plutôt vivre pleinement sa douleur de deuil.

« Devoir faire son deuil » est difficile à entendre pour un individu qui a perdu un être cher, car cela sous-entend trop souvent qu’il doit aller de l’avant et "oublier" pour continuer. Or, quand on se trouve séparé de quelqu'un que l'on aime, on ne voudrait pas devoir l’oublier.

La douleur du deuil a un rôle extrêmement important : Faire ressentir des symptômes pour obliger à mettre notre attention sur ce qui a besoin d’être entendu et reconnu à sa juste valeur. Il s’agit de comprendre la nécessité de reconnaitre et valider le ressenti de celui qui a vécu la douleur au moment de l'évènement. C'est ce processus qui va permettre un profond sentiment d'apaisement.

En effet, tant que le ressenti de celui qui a perdu un être cher n’est pas validé, la douleur subsistera sous différentes formes de symptômes : pensées obsessionnelles, insomnie, dépression, troubles alimentaires, etc. La douleur existe pour orienter l’attention sur ce qui a besoin d’être entendu.

La qualité de la communication a un rôle essentiel pour permettre de rétablir l’équilibre suite à un deuil. Mais juste "exprimer" son ressenti est différent de "communiquer" son ressenti. Car pour qu'il y ait communication, il faut qu'il y ait l’accueil, et toute la difficulté est de savoir accueillir ce qui nous est dit en portant son attention sur la personne plus que sur l’information :

« - Ma fille s’est suicidée. J’ai le sentiment d’être passé à coté de quelque chose d’important, c’est terrible, je n’ai rien vu venir !
- Tu penses avoir manqué d'attention ? (reformulation)    
- Oui, et je m’en veux énormément!
- Si tu t’en veux à ce point de n’avoir rien vu venir, je comprends que soit terrible pour toi.
» Le message de cohérence permet la reconnaissance de ce qui est exprimé. Le dialogue peut ainsi se poursuivre avec la confiance qu'il y a une réelle écoute dans le respect de ce qui est exprimé.

Notre civilisation a certainement beaucoup évolué dans le domaine de la technique, mais il est force de constater une certaine régression dans la qualité des rapports humains : Il y a encore 20 ans, nous étions plus chaleureux et solidaires...  Aussi, nous sommes trop souvent désemparés et maladroits en cas de vécu douloureux personnel ou face à la douleur des autres. Trop souvent l’erreur sera de vouloir éloigner le sujet de son ressenti.

Venant de l'extérieur, beaucoup d’erreurs relationnelles proviennent du fait de vouloir faire… Comme vouloir rassurer « dans quelques temps ça ira mieux… » Vouloir aider « Tu devrais prendre des médicaments… » Vouloir déculpabiliser « c’est pas de ta faute, tu ne pouvais pas prévoir… » Vouloir donner son avis «  je pense qu’elle … », ou son expérience « j’ai un collègue qui a aussi perdu son fils… » Ou encore juger la situation « c’est terrible ce qui t’arrive… » ou ce qui est exprimé « ho ! la ! la ! mon pauvre, j’aimerais pas être à ta place ! » Autant d’erreurs qui peuvent, dans les cas les moins graves, juste incommoder, mais trop souvent choquer, créant ainsi une douleur supplémentaire à la douleur du deuil.

Vécu de l’intérieur, celui qui vit le deuil peut chercher à se distraire pour paraitre fort, prendre des médicaments pour aider à supporter la douleur, en parler à qui veut bien l’entendre. Mais quand il comprend que personne n’est capable d'instaurer une communication quand il exprime son ressenti ou son vécu, il cesse d’évoquer sa douleur : « A quoi bon exprimer ce que je ressens si personne ne me comprend… »

Mais s’éloigner de ce que l’on ressent ne dure qu’un temps (de quelques jours à quelques années), car tout ce qui reste non entendu, non reconnu, enfouit, contrôlé, nié, rejeté ressurgit un jour ou l’autre sous des formes bien diverses de symptômes. Toutes les pratiques mises en œuvre pour s’éloigner de ses ressentis sont totalement inefficaces et peuvent même s'avérer dangereuses.

La qualité de l’écoute consiste à offrir à l’autre la possibilité d’exprimer tout ce qu’il ressent, y compris lui faire exprimer ce qu’il aurait aimé dire au défunt dans la plus grande considération. Lorsque l'on accède à la dimension des ressentis, (dimension du ressenti de l'être à un moment donné) on a alors accès à des compréhensions subtiles auxquelles on n'accède pas d'ordinaire. Cela s'explique du fait que la dimension de l'être est sans espace-temps, tout est là dans notre présent (notion uchrotopique).

La douleur n’a alors plus de raison d’exister dès que le sujet a été entendu. Quand la douleur n’est pas complètement apaisée, c’est qu’il reste encore quelque chose d’important à exprimer pour compléter l’ensemble de ce qui doit émerger. C'est comme s’il restait encore des éléments dans l’ombre qui maintiennent un mal-être pour ne pas être oubliés tant qu'ils n'ont pas totalement émergé à la lumière de notre conscience.

Nous comprenons alors que la douleur d’un deuil n’est pas à éradiquer, ni à oublier pour permettre de passer à autre chose, mais qu’elle existe spécialement pour être entendue. Tant que l'individu ne s'est pas rencontré il a un sentiment de manque et c'est ce qui est douloureux. La rencontre permet à chacun d'être à sa place, ce qui fait disparaître les symptômes instantanément. On comprend alors que ce n’est pas l’oubli qui s’installe, mais un profond sentiment d’apaisement, une quiétude intérieure.

Catherine Sarrade
Le 22/12/2011

Sur ce sujet, vous pourrez aussi lire l'article de Thierry Tournebise "Le deuil"

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